« Si vous ne pouvez partager votre fortune, partagez vos connaissances »

partager connaissances jean paul pougala
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Pour être utile à sa communauté, l’intellectuel africain doit être capable de prendre de la hauteur et très souvent, courir le risque d’aller à contre-courant du système mis en place par nos prédateurs.

La pauvreté en Afrique n’est pas une fatalité.

J’ai mis du temps pour l’analyser et j’ai fini par conclure que très souvent, nos populations sont pauvres, parce que personne ne leur a expliqué comment se repositionner dans un monde qui avait changé trop vite pour elles.

Les gens ont continué, par instinct de survie à effectuer les mêmes gestes, à cultiver le même manioc, à aller à la même chasse, oubliant de fait que le système les avait obligés de diviser le temps consacré à eux-mêmes en deux ou en trois, pour en dédier la plus grande partie à la culture du café, du cacao ou du coton qu’ils ne consomment pas, c’est-à-dire, l’essentiel de leurs efforts de travail.

C’est à l’intellectuel africain qui a compris le degré de perversité du système capitaliste en vigueur, d’expliquer et surtout, d’enseigner à nos populations les plus fragiles, non seulement comment il faut produire la richesse dans leur environnement du village, mais aussi leur montrer comment avec la nouvelle donne, elles doivent se réinventer en ajoutant un nouveau geste, celui de l’accumulation de cette même richesse.

Avec la colonisation, et même après, les gens se sont retrouvés en Afrique à vivre dans un nouveau système sans mode d’emploi, sans manuel d’instruction. Et pour la plupart, ils s’y sentent complètement perdus.

Il faut leur expliquer pourquoi, ils ne peuvent plus vivre au jour le jour, mais mettre de côté quelque chose pour le futur. Et le futur, qu’est-ce que c’est ? Comment peut-on penser au futur alors qu’on arrive à peine à assumer le présent ?

C’est pour répondre à ces questions que j’ai organisé depuis 2011, à travers les villages camerounais une sorte d'”école sous l’arbre”, pour expliquer à nos paysans, l’économie, la nouvelle économie, ou tout au moins, ce que je crois avoir compris des mécanismes qui régulent les échanges entre les humains de nos jours, presque tous devenus des prédateurs et des malhonnêtes.

Et surtout, comment, malgré tout, y conquérir avec dignité, sa part du gâteau.

Conclusion

J’étais et je reste fondamentalement convaincu que pour être utile à nos populations africaines, un intellectuel africain n’a pas besoin de passer par la politique, encore moins de jouer au griot des politiciens. Le système leur ayant déjà suffisamment fabriqué les griots qu’ils n’ont plus besoin de nouveaux.

Nous sommes libres de tourner la tête ailleurs pour ne pas voir la misère qui nous entoure. Mais la spiritualité africaine du culte des ancêtres nous enseigne qu’on ne peut pas être heureux tout seul au milieu de tant de décombres. Si vous ne pouvez pas partager votre fortune, ou si vous n’avez pas de fortune à partager, commencez par le plus facile : partagez vos connaissances.

C’est cela tout l’esprit qui m’anime depuis 10 ans, depuis le choc que j’ai reçu de l’agression de l’Occident contre des pays africains, d’abord contre la Côte d’Ivoire et ensuite contre la Libye.

Jean-Paul Pougala




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